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Accueil > La recherche au CFEE > Axes et programmes de recherche > Axe 3. Transformations sociales et politiques dans la Corne de l’Afrique contemporaine

Paix et sécurité : conflits dans la Corne, opérations de paix, organisations internationales

Membres : David Ambrosetti (CFEE), Jean-Nicolas Bach (Sciences Po Bordeaux, LAM), Gérard Birantamije (Université du Tanganyika, Bujumbura), Romain Esmenjaud (IHEID Genève & UN DPKO), Ahmed Hassen Omer (Institute of Ethiopian Studies, AAU), Jérémy Révillon (Université de Pau et des Pays de l’Adour / LAM), Nina Wilén (FNRS, Université libre de Bruxelles).

Ce nouveau programme vise à favoriser les échanges scientifiques sur les politiques de régulation des violences armées par les autorités étatiques et par les organisations internationales en charge de la paix et la sécurité régionale.

La présence du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, avec en son sein son Conseil de paix et de sécurité et son département de paix et sécurité, incite à encourager au sein du CFEE les travaux de sociologie politique sur cette organisation mais aussi sur ses relations avec les autres types d’acteurs et d’organisations (africaines et extra-africaines) engagés dans ce secteur. Par ailleurs, la prégnance des situations de conflits armées dans la région de la Corne, et le rôle diplomatique et militaire joué par l’Éthiopie dans les questions de sécurité régionale hier comme aujourd’hui, par exemple au Soudan / Soudan du Sud ou encore en Somalie, conduit le CFEE à soutenir des recherches sur ces questions.

Un angle retient particulièrement l’attention au sein de ce programme. Il s’agit des modalités d’insertion des armées africaines dans les dispositifs multilatéraux africains et onusiens de régulation des conflits armés, et les transformations que connaissent ces institutions militaires une fois engagées dans ces dispositifs. Sous cet angle, les travaux plus classiques sur les logiques, forces et faiblesses institutionnelles de ces organisations, notamment dans le cadre de la nouvelle architecture africaine de paix et de sécurité, se nourrissent d’un autre pan de la littérature et l’éclairent à la fois, sur les armées africaines et leurs rôles sociaux et politiques (extra-militaires). La jonction est plus évidente encore lorsqu’il s’agit d’armées nationales ayant elles-mêmes fait l’objet de réformes promues par les organisations internationales compétentes et aujourd’hui déployées dans les opérations multilatérales sur le continent ou ailleurs. Les principales questions soulevées ici sont celles de la relation entre professionnalisation et internationalisation (et extraversion le cas échéant) des contingents concernés et par extension des armées dans leur ensemble, qu’il faut comprendre au regard des transformations internes qu’elles connaissent (bases sociales, canaux de relations avec le reste de la société politique et de l’appareil d’État…), également au regard des parcours individuels de soldats et d’officiers, en termes de nouveaux capitaux sociaux accumulés et de leurs valorisation en interne ou à l’international.

Animé par David Ambrosetti, ce programme s’appuie sur les partenariats engagés avec l’Observatoire de la Corne (Sciences Po Bordeaux / Les Afriques dans le Monde), la DGRIS du ministère français de la Défense, le REPI à l’Université libre de Bruxelles, l’Institute for Peace and Security Studies (IPSS) de l’Université d’Addis-Abeba, et le département de science politique et de d’études stratégiques de l’Université de Mekelle.

Dans le cadre de ce partenariat, le CFEE a organisé, les 25 et 26 avril 2016 à Addis-Abeba, une rencontre internationale sur « Les armées africaines dans les opérations de maintien de la paix. Quelles transformations sociales et professionnelle ? ». La rencontre a réuni treize chercheurs reconnus sur ce sujet, provenant de Belgique (FNRS/ULB, et Ghent University), du Burundi (Université du Lac Tanganyika), du Danemark (Royal Danish Defence College), des États-Unis (Université Georges Washington), d’Ethiopie (Institut d’études éthiopiennes de l’Université d’Addis-Abeba, et une consultante indépendante), de France (CNRS, et un consultant indépendant) et du Royaume-Uni (Université de Birmigham, SOAS de Londres). Ils ont couvert quatre communautés économiques régionales africaines, la CEA, la CEAC, l’IGAD et la SADC.
La rencontre fut itinérante : le CFEE puis l’Institut pour les études de paix et sécurité de l’Université d’Addis-Abeba (IPSS, structure étroitement connectée au milieu des praticiens internationaux basés à Addis-Abeba, engagée dans des actions de formations dédiées aux praticiens éthiopiens, et qui organise chaque année le Forum de Tana depuis 5 ans), et enfin le Peace Support Training Centre du ministère éthiopien de la défense (FDRE-PSTC, structure inaugurée en juin 2015, dont le colonel en charge de la section Recherche, le Dr. Elias Seyoum, a été directement associé à cette rencontre du CFEE).
Les textes originaux produits à cette occasion ont été discutés par un auditoire composé d’universitaires éthiopiens mais aussi de praticiens civils et militaires basés à Addis-Abeba au service d’organisations internationales (Département Paix et Sécurité de l’Union africaine, délégation de l’Union européenne auprès de l’UA). Un projet de publication est en cours.

Les leçons qui seront tirées de cette réflexion comparative auront plusieurs implications. Opérationnelles, d’abord, avec une réévaluation des capacités de ces armées lorsqu’elles sont déployées. Les sciences sociales viennent rappeler que le renforcement des capacités militaires ne saurait relever uniquement des formations dispensées par les partenaires étrangers. Il se joue dans les structures sociales propres à ces armées, et dans l’expérience commune du terrain, au sein de chaque contingent et entre contingents. Les troupes sont plus ou moins bien disposées à mettre en œuvre les mandats internationaux et les règles d’engagement en fonction des positionnements géopolitiques de leurs responsables politiques (surtout dans les cas de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du Rwanda), également des fortes contraintes de politique intérieure (priorités développementalistes en Afrique du Sud et en Ethiopie, urgences sécuritaires en Ethiopie et au Rwanda) ou encore au désir de reconnaissance internationale de la part d’armées nationales en cours de restructuration et exposées à la présence continue de troupes étrangères (RDC). Cette question des perceptions croisées entre troupes nationales et troupes étrangères sous mandat multilatéral, ou encore celle des idées, éthos et autres présupposés qui sont transmis dans les centres de formation au maintien de la paix soutenus par les bailleurs étrangers, font l’objet d’un approfondissement particulier.
Au-delà de la pure efficacité opérationnelle, se pose également la question des transformations que cette pratique induit à plus long terme au sein des armées concernées. Les organisations internationales mandataires doivent toujours mieux repérer les possibles effets de cette pratique sur la durée, pour en permettre la duplication ailleurs lorsqu’ils sont positifs, et pour mieux les prévenir ou les contenir dans le cas contraire. Lors de la rencontre d’Addis-Abeba, les transformations à plus long terme qui ont retenu l’attention ont concerné pour beaucoup les rôles politiques que les armées nationales se reconnaissent avant et après le déploiement de troupes. On a vu, avec le cas burundais, qu’une armée en cours de restructuration pouvait entrer dans une phase de professionnalisation et de dépolitisation si son environnement politique réussissait à la protéger des appels issus de la société politique qui réclament au contraire une intervention du militaire dans le politique en leur faveur. Lorsque la compétition politique devient aigue et que l’espace politique ne dispose plus d’aucun garde-fou protégeant l’institution militaire, ces appels viennent menacer le processus de dépolitisation et de professionnalisation en cours dans l’armée. Le cas ougandais a, lui, montré en quoi les nominations aux fonctions de responsabilité dans les missions internationales par des autorités politiques nationales semi-autoritaires offraient des leviers de redistribution de ressources politiques servant en dernière instance un objectif de consolidation des régimes semi-autoritaires en question.

Actualités

Suivez les actualités de ce programme sur le blog du CFEE :
https://cfee.hypotheses.org/category/divers/actualites-de-nos-programmes-news-from-our-programs/peace-and-security

Bibliographie

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